Ghita Skali - 'Narratives Machines: Episode 2 - الالات السردية : الحلقة الثانية'

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26/01/2019 - 02/03/2019

Ghita Skali - 'Narratives Machines: Episode 2 - الالات السردية : الحلقة الثانية'

Lorsque Ghita me confiait qu’elle lisait « La maladie comme métaphore », de Susan Sontag je me suis souvenue d’un très bel entretien de Jonathan Cott interviewant l’écrivaine affirmant ceci: « Ce que je veux, c’est être au cœur de ma vie – être là où l’on se trouve, contemporain de soi-même dans sa vie, prêter une totale attention au monde, qui vous inclut. Vous n’êtes pas le monde, le monde n’est pas identique à vous, mais vous êtes dans le monde et vous lui donnez toute votre attention. C’est ce que fait un écrivain. » C’est ce que Ghita Skali accompli en tant qu’artiste.

Avec Ghita, nous ne nous sommes encore jamais rencontrées physiquement mais travaillons ensemble depuis maintenant plus d’un an lorsque pour la première fois en octobre 2017, je l’ai invité à prendre part à l’exposition « Vos désirs sont les nôtres » programmée par Triangle France – Astérides à Marseille. Une collaboration uniquement via écrans, une approche nécessitant confiance et sincérité de l’une envers l’autre.

L’exposition « Narratives Machines – Episode 2 » présentée ici à Été78 à Bruxelles, aborde une réflexion menée en plusieurs étapes, avec plusieurs personnes depuis déjà quelques années. Les Narratives Machines se saisissent d’anecdotes, de rumeurs ou d’annonces fugitives sur des inventions médicales et scientifiques où l’artiste questionne les zones de pouvoirs et s’attarde à observer avec ironie comment circule la désinformation créatrice de faux espoirs.

Dans cette exposition personnelle, Ghita Skali propose une métaphore grinçante face à une intrigue ayant fait l’objet de grands titres sur de nombreux sites internet obscurs ou algorithmes de nos ordinateurs que l’artiste n’a de cesse de scruter alors que d’autres se contentent de lire pour oublier. Ghita raconte ici une histoire qui la fait comme elle le dit « sourire de côté » et s’éloigner mentalement de certains sens et idées communes donnant lieu à un texte saisissant.

Une centaine de pains baladis avec kofta ont été cuisinés, desséchés, cuits, laqués pour l’occasion. Les éléments naturels qui composent ces sandwichs sont quasi neutralisés mais ne cessent cependant de continuer le processus lent de la matière alimentaire allant vers le pourrissement ou bien des odeurs aggravées. La salade elle, est verte et artificielle. L’idée de recette culinaire est bien loin mais le geste n’en reste pas moins fort.

Ces sandwichs obsèdent l’artiste. Écrit et oralité accompagnent son obsession; le texte parle du sandwich en le chargeant d’une affirmation grinçante. Le public ne repartira ni avec le texte ni avec un sandwich, mais avec ce doute d’avoir vu quelque part posé, un objet contaminé. Un ensemble, où le froid d’une table en aluminium sur un sol gris clairsemé de cagettes en plastiques noires et colorées sur lesquelles chaque sandwich sont disposés, tire sa révérence au travail de l’artiste Zoé Léonard. Dans son œuvre « Strange fruit (for David) » (1992-1997), Zoé Léonard travaille pelures d’orange, banane, pamplemousse, citron et avocat qu’elle recouds avec fil, fermetures à glissière, boutons, tendons, aiguilles, plastique ou fil de fer, nous demandant d’assister à la dégradation et à la permanence des choses face à la perte. Ghita Skali a choisi elle aussi de parler du drame. Sa voix diffusée dans l’espace lira un texte disposé au sol sous forme de posters plastifiés et taira, par un bip sonore, le nom des personnes touchées. Ce discours teinté de sarcasme respectera cependant une mise à distance chère à l’artiste.

Le 28 février 2014, The Guardian titrait : « Egypt’s military leaders unveil devices they claim can detect and cure Aids ». Le général des armées et docteur Ibrahim Abdulatti déclarait dans une conférence de presse que son invention utilise l’életromagnétisme pour détecter et guérir du Sida et d’autres virus comme celui de l’hépatite C, le cancer et le diabète… Ces machines se nomment C-fast, I-Fast, et Complete Cure Device. Toujours en 2014, le général Ibrahim Abdullati affirme aussi dans ce même article de The Guardian: “I take Aids from the patient and nourish the patient on the Aids by giving him a skewer of Aids kofta”.

Une telle déclaration obnubile l’artiste et engendre ce deuxième épisode des Narratives Machines, présenté à Été 78. Ce travail mêlant une narration invraisemblable et des souvenirs, agite les questions de droit de dire ou ne pas dire, révèle à certains endroits le vrai du faux pour porter enfin attention aux aspects vulnérables de l’être et son ancrage. C’est pour se rapprocher de ses propres doutes, rattrapée par le désir de s’en foutre, que Ghita Skali nous plonge dans un paradoxe vertigineux entre le désir de la croire et un scepticisme grandissant face à un besoin de vérité. Une ambivalence déconcertante devant laquelle l’artiste fait face et tient tête.



Souhaitant élargir notre horizon, mais aussi afin de mettre en avant le métier de curateur, nous avons demandé à la curatrice Marie de Gaulejac de nous proposer un projet, pour l’Eté 78, qui entrerait en résonance avec notre programmation 2019. Elle nous propose de découvrir le travail de Ghita Skali, artiste marocaine née à Casablanca, actuellement en résidence à Amsterdam à De Ateliers après avoir étudié à Lyon au post-diplôme des Beaux-Arts et à Nice à la Villa-Arson.

Ghita Skali s’intéresse, notamment au travers d’installations, aux relations de pouvoir basées sur des mythologies, des rumeurs, des hypothèses, des informations fausses, des anecdotes qui souvent marquent les esprits un court instant, s’effacent de notre mémoire rapidement mais dont il reste malgré tout quelque chose de diffus. Il s’agira d’une toute nouvelle installation de l’artiste.

C’est une occasion de découvrir le travail d’une artiste qui aborde avec force des sujets apparus dans les médias et nous amène à nous questionner sur nos croyances, nos illusions. Il est important de pouvoir questionner le vrai et le faux dans notre actualité, de douter, de prendre le temps de s’arrêter sur un sujet et d’y réfléchir avant qu’il ne disparaisse déjà, très vite.

Practical information

  • Eté 78
    • Rue de l'Eté 78
    • 1050 Ixelles
  • Timetable
    26-01-2019 06:00 PM - 09:00 PM
    02-02-2019 06:00 PM - 09:00 PM
    09-02-2019 06:00 PM - 09:00 PM
    16-02-2019 06:00 PM - 09:00 PM
    23-02-2019 06:00 PM - 09:00 PM
    02-03-2019 06:00 PM - 09:00 PM