Au revoir Toots, une icône de la scène jazz bruxelloise

La Ville de Bruxelles lui rendra hommage ce lundi 22/08 en diffusant une compilation de ses plus grands titres, dont Bluesette, à 18h sur la Grand- Place. Le Manneken-Pis de Bruxelles revêtira son costume de Toots Thielemans ce lundi, de 15h à 19h, et mardi 23/08, toute la journée.

Bruxelles tenait en la personne de Toots Thielemans à la fois une légende vivante du jazz et un ambassadeur.

L'adjectif "légende vivante du jazz" convenait ici parfaitement car lorsque Toots entama sa carrière musicale, le be-bop n'avait pas encore vu le jour, le free jazz et le jazz fusion devaient encore être inventés et personne ne savait rien des nouveaux avatars que vivrait le jazz après l'avènement de l'électronique. Toots a donc vécu tout cela et survécu, comme musicien, aux changements de tendances les plus radicaux.

Enfant, le 'ketje' se fit d'emblée une belle réputation en tant qu'accordéoniste dans le café de ses parents - le Trapken Af sis au 241, rue Haute, où Jean-Baptiste Thielemans était né le 29 avril 1922. S'il est vrai que Jean-Baptiste passa ensuite une grande partie de sa jeunesse à Molenbeek-Saint-Jean où ses parents avaient déménagé entretemps, il continue, à ce jour encore, à se considérer comme un véritable enfant des Marolles.
 

  • La musique n'était pas une priorité chez les Thielemans, du moins pas pour le père de Toots qui voulait que son fils fasse des études. L'attention du jeune homme était cependant davantage attirée par le phonographe de la maison. Qui fut en fait son école, en lui permettant d'accompagner les disques qu'il achetait avec ses économies. Entretemps, il avait mis de côté son accordéon pour le remplacer par un harmonica. Au début, de nombreux musiciens raillaient sa "musique à bouche" en lui disant "Mais jette donc ce jouet". Il n'en fut rien, heureusement, et certains y crurent, comme Clifford Brown qui lui dit, quelques années plus tard: "Toots, avec la façon dont tu joues de l'harmonica, ils ne devraient pas appeler ça un instrument divers" (la catégorie dans laquelle Toots était systématiquement classé N° 1 lors des sondages annuels du magazine de jazz américain Down Beat).

  • Dans l'intervalle, il avait également appris à jouer de la guitare, là aussi en autodidacte et inspiré notamment par Django Reinhardt. Il avait par ailleurs un vrai nom d'artiste : Toots, calqué sur celui de deux musiciens de l'orchestre de Benny Goodman (Toots Camarata (trompette) et Toots Mondello (sax)). Initialement, Toots jouait de la musique populaire légère jusqu'à ce qu'il entende, au début des années quarante, un disque de Louis Armstrong and The Mills Brothers. Il s'est alors retrouvé inoculé pour la vie par le virus du jazz. Quand, en 1947, son oncle l'invita à venir passer des vacances en Amérique, les choses prirent assurément une tournure décisive.

  • Au début des années cinquante, Toots met le cap sur l'Amérique pour y tenter sa chance, et c'est alors que tout commence. Comme presque tous les musiciens débutants, il mange certes lui aussi de la vache enragée, mais il est l'homme de la situation quand George Shearing a besoin d'un guitariste. S'ensuit une tournée de six ans. Toots rencontre et joue alors avec toutes les icones de l'histoire du jazz parmi lesquelles Lester Young, et les membres de l'orchestre de Count Basie et Billie Holiday. 

  • Précédemment, Benny Goodman l'avait aussi engagé pour une tournée en Europe. Chaque fois, en qualité de guitariste car c'est seulement à la fin des années cinquante que Toots se mettra à utiliser son harmonica comme instrument à part entière. En 1962, il tire le gros lot en composant 'Bluesette'. Une mélodie apparemment simple mais avec un truc inédit, le sifflement à l'unisson. Depuis, Toots a atteint le top et ne l'a plus jamais quitté. La liste des musiciens avec qui il a travaillé est un reflet de l'histoire du jazz mais également une partie de celle de la musique pop dans la mesure où des artistes comme Billy Joel et Paul Simon ont aussi fait appel à ses services. À quoi il convient d'ajouter les nombreuses bandes son où on peut l'entendre, dont 'Midnight Cowboy', 'The Getaway', 'Turks Fruit', 'Dunderklumpen' et 'Jean de Florette'.

  • Après l'Amérique et des détours par la Suède et les Pays-Bas, Toots finit par être reconnu dans son propre pays, il a même été fait baron et docteur honoris causa de la VUB/ULB. La commune bruxelloise de Forest lui a consacré une rue. Et depuis 1986, il est le parrain du festival Brosella Folk & Jazz qui a lieu chaque année au pied de l'Atomium.

    Bien que nonagénaire, Toots restait au fait des évolutions actuelles du jazz. C'est ainsi qu'il invitait encore régulièrement de jeunes musiciens à l'accompagner et qu'il a toujours ses iPod et iPad à portée de la main pour découvrir de nouvelles choses. "Ne jamais parler de son année de naissance et conserver un esprit jeune", telle était sa devise. Bonne route Toots !