Bruxelles sur Scènes: Le Clou de Lapointe" : concert d'hommage au génial Boby Lapointe par "Les Bob en duo"

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06/11/2020 - 07/11/2020

Bruxelles sur Scènes: Le Clou de Lapointe Bruxelles sur Scènes: Le Clou de Lapointe

Mons: Christian et Gérard libèrent les mots de Boby Lapointe

Boby Lapointe était un génie des mots, mais son œuvre est prisonnière d'une mauvaise musique d'un autre âge. Deux Montois le remettent au goût du jour dans Le Clou de Lapointe, à découvrir ce samedi.

S'il vous prend l'idée d'écouter un morceau de Boby Lapointe sans connaître le personnage, et pour peu que vous ayez un minimum l'oreille musicale, vous risquez de rester interloqué, cette question en tête: comment est-ce devenu un monument de la culture populaire française?
Pour trouver la réponse, il faut aller au-delà de la musique et écouter les textes. Boby Lapointe jonglait avec les mots comme personne, parsemant ses textes de calembours, de contrepèteries, d'allitérations, de paronomases... Un régal pour les amateurs.

Christian «Boby» Godart en fait partie. Cela fait désormais plus de 20 ans que ce Montois passionné de chanson française a fait de Boby Lapointe son véhicule artistique, dans Le Clou de Lapointe, un spectacle où il revisite l'héritage de Boby Lapointe à sa façon. «J'ai donné mon premier concert en 1999, le 16 avril, qui est le jour de sa naissance.»
Depuis, il ne l'a plus quitté, a fait évoluer son concept et propose aujourd'hui, en tandem avec son comparse contrebassiste Gérard Migot, une quatrième version d'un spectacle inspiré de ce personnage singulier, qui a marqué le milieu du XXe siècle en France.
«C'est un voyage où je raconte les 20 dernières années de vie de Boby Lapointe, quand il est monté à Paris en 1952, jusqu'à sa mort en 1972. On prend le spectateur par la main et on rit beaucoup.»

Liberté
Mais comment en vient-on à s'intéresser à un tel personnage, mort il y a plus de 50 ans et qui n'a pas l'aura d'un Brassens? «Je fais de la scène depuis longtemps, je suis une sorte d'artisan de variété et j'ai officié dans différents domaines: théâtre, orchestre... À un moment, j'ai cherché un artiste pour faire un spectacle autour. Et j'ai eu l'illumination.»
Avec Boby Lapointe, Christian Godart a l'impression qu'il aura une liberté totale. «On peut mettre ce qu'on veut dedans. Je ne fais pas du tout Boby Lapointe comme Boby Lapointe. Ça n'aurait aucun intérêt d'une part, et d'autre part, il est inimitable. Il ne savait pas chanter et il n'avait aucun sens du rythme, même ses musiciens n'arrivaient pas à le suivre. Lui tout ce qu'il voulait c'était écrire et il a été forcé de chanter car personne ne voulait prendre ses textes.»

À la base, Christian connaît peu Boby: «je n'en connaissais pas beaucoup, excepté ce que les radios à l'époque – je suis un vieux bonhomme – voulaient bien me donner. Pendant un an, j'ai écouté, mais j'ai surtout travaillé et recherché de la documentation pour apprendre à connaître le personnage.»
Et finalement, «je suis tombé amoureux du gaillard. J'ai rencontré une de ses sœurs, sa fille, son fils et c'est devenu un peu mon père artistique.»
Et cela se ressent. En 20 ans, il a trimballé Boby aux quatre coins de l'Hexagone et de la Belgique francophone et l'accueil est unanime. «Le public me le dit après le spectacle: ce qui nous plait, c'est qu'on sent que tu l'aimes. Ça n'a pas été tout de suite une évidence, mais c'est venu au fil du temps.»
Mystère
Car notre fan le reconnait très volontiers: poser une oreille sur une chanson de Boby Lapointe: ça peut piquer. «C'est même lourd à écouter, confesse Christian. il faut le faire et je le fais très peu! Et c'est très dur de le suivre, il faut presque avoir le texte en main. Mais il y a un aspect clownesque... Il y a quelque chose de mystérieux, mais tant mieux: vive le mystère!»
Ce qui ne fait pas mystère par contre, c'est ce qu'a apporté Robert Lapointe à la poésie. «C'est une révolution ce gars-là, un génie. Il arrive à faire exploser les mots, mais tout a du sens. Il ne colle pas des mots qui ne veulent rien dire, il y a énormément de sens dans ce qu'il a écrit.»
Et en remettant ces mots en musique à sa sauce, Christian Godart libère les mots de Lapointe de leur carcan d'origine, les remettant au goût du jour.

Le Clou de Lapointe est à voir vendredi 6 et samedi 7 novembre 2020 au Côté Village Café Théâtre - 717 A chée de Waterloo-1180 Uccle - infos et réservation : info@cotevillage.be ou www.cotevillage.be

VITE DIT
Cheval d'or. Quand il monte à Paris, Boby Lapointe met du temps à s'imposer. «C'était la dèche jusqu'en 1959, quand Jean-Pierre Suc (NDLR: chanteur de variété de l'époque) l'a littéralement poussé sur la scène du Cheval d'Or. Dans le public, il y avait tout un monde artistique comme Brassens, Raymond De Vos, Pierre Perret, Truffaut, Jean-Claude Carrière... Quand ils ont vu le phénomène Boby Lapointe, ils sont tous tombés amoureux de lui. Le succès a commencé à la fin de la belle époque des cabarets de la Rive Gauche.»

Ours.«C'était un ours qui montait sur scène et qui balançait ses textes avec une musique. Mais la musique de Boby Lapointe, c'était la musique de ses mots. Et tout ce qu'il y a autour c'est parce qu'il le fallait, que c'était à la mode. Il a même fait des trucs yéyé que je trouve affreux... Il y aurait peut-être moyen de les retravailler...»

Joe Dassin.«Boby Lapointe a été connu après sa mort, grâce à Joe Dassin. Il a insisté lourdement en 1976 auprès des patrons de la firme Philips pour qu'ils éditent une intégrale des œuvres de Lapointe. Et c'est à ce moment qu'il a commencé à être réellement connu.»

Centenaire. En 2022, ce sera le centenaire de la naissance de Boby Lapointe. «On prépare un nouveau spectacle avec de nouvelles chansons. Je pense qu'on partirait sur des anecdotes. Il faisait plein de trucs bizarres, c'était un casse-cou blagueur. Toutes ces anecdotes seraient des prétextes à travailler de nouvelles chansons.»

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