Ensorceler -Guérir

07/09/2017 - 08/10/2017

Ensorceler – Guérir. Pourquoi ce thème? Parce qu’il est universel et qu’il constitue une des préoccupations majeures de l’humanité. Il fait écho au Bien et au Mal, aux forces positives et négatives inhérentes à la conception du monde dans la grande majorité des cultures.
Dans la plupart des sociétés, ces forces, synonymes de surnaturel et de dialogue avec l’au-delà, sont associées aux esprits, au monde des morts, lesquels peuvent s’avérer, selon les circonstances, bénéfiques ou maléfiques. L’homme, comme on le sait, explique ses relations avec le monde invisible, le monde l’au-delà et des esprits, à travers ses mythes, il extériorise ses croyances et les met en scène à travers les rituels.
Le Mal s’explique différemment selon les lieux et les époques, il n’en est pas moins toujours présent. Ainsi, le mythe de Pandore le décrit dans la Grèce antique. Afin de punir les hommes, Zeus, leur envoie la première femme, Pandore, qu’il avait créée avec l’aide d’autres dieux. La mortelle ouvre la fameuse boîte (en réalité une jarre) dont s’échappent tous les maux. Dans le bouddhisme tibétain, la Roue de la Vie reproduit le schéma que le Bouddha aurait lui-même découvert en cherchant les causes de la douleur universelle. La Roue représente le Samsara, cycle des morts et des renaissances. Par ailleurs, a contrario, le mythe d’un Paradis terrestre, d’un Jardin des délices, d’un monde sans mal ni souffrance se retrouve dans un grand nombre d’imaginaires humains.
Lorsqu’il recourt au médecin ou au guérisseur, le malade, se soumet au pouvoir de ce dernier, à qui il demande de nommer l’objet de son mal et de lui enlever. Il y a pouvoir réel lorsque la guérison se fait avec des médicaments, et pouvoir imaginaire ou rituel sacré, quand il y a une implication d’un esprit ou intervention d’une force surnaturelle destinée à exorciser la souffrance causée par un envoûtement. Face au tourment et à la mort, qui s’imposent de manière inéluctable, la pensée magique a toujours représenté pour l’homme la possibilité d’échapper à la conscience de sa propre faiblesse ainsi qu’aux sentiments d’anéantissement et d’angoisse que celle-ci provoque.
Maléfice et guérison constituent in fine deux aspects d’une même réalité. D’un côté, il s’agit d’infliger un charme à autrui ou de l’ensorceler. De l’autre, on tente de se débarrasser d’un mauvais sort. Bien sûr, les rituels sont différents mais les chamans et les sorciers sont dépositaires d’un savoir qui leur permet d’invoquer les forces du bien comme celles du mal. Pour devenir capable de guérir les autres hommes (et faire le bien), le futur chaman doit s’exposer à la violence maléfique sous toutes ses formes. Il doit se laisser submerger plus longuement et plus complètement que les mortels ordinaires afin d’émerger en triomphateur. Il lui faut démontrer, en somme, qu’il n’est pas seulement le protégé de la violence mais qu’il participe de sa puissance, qu’il peut maîtriser jusqu’à un certain point la métamorphose du maléfique en bénéfique et inversement. Il doit donc solliciter l’esprit nuisible et malin, le provoquer et le canaliser, le lancer sur la personne (la maison, la communauté) visée et engendrer ainsi la maladie, le malheur ou la mort.
Lors de rituels de guérison et de divination, les chamans qui servent de relais avec l’au-delà utilisent des masques rituels qui combattent la maladie. Leur action peut aussi s’inscrire dans une dimension bénéfique beaucoup plus large et ne pas se concentrer sur un individu. En effet, ces pratiques qui sollicitent l’intervention d’un esprit considéré comme redoutable et tout-puissant peuvent également être liées à l’agriculture et à la fertilité (obtention de bonnes récoltes), elles peuvent jouer un rôle dans la cohésion ou le bien-être d’une société, elles peuvent éloigner les catastrophes naturelles, les épidémies et les dangers encourus par l’homme, les plantes ou le gibier, elles peuvent expulser les démons d’un corps malade, d’une maison ou d’une communauté, elles peuvent annihiler les influences maléfiques et démoniaques, elles peuvent obtenir santé et prospérité ou maintenir l’ordre et la justice, elles peuvent évoquer l’organisation cosmique et rejouer la création du monde. Le Centre Albert Marinus avec la complicité du Musée international du carnaval et du Masque (Binche) et du Surnateum (Bruxelles) s’échappe pour un moment des thématiques liées à notre pays pour nous entraîner à la découverte des rituels lointains et exotiques. Si vous désirez connaitre le rôle exact d’un bâton trembleur, d’un nkisi ou d’une figurine d’envoûtement, si vous rêvez de savoir comment fonctionne un accordéon divinatoire, si la confrontation avec un fétiche d’Afrique centrale ou un masque Egungun ne vous fait pas peur, si vous vous intéressez aux rituels d’exorcisme chinois ou à ceux des Indiens d’Amérique, l’exposition Ensorceler - Guérir est faite pour vous.
Elaborée par le Centre Albert Marinus avec la collaboration du Musée international du Carnaval et du Masque (Binche) et du Surnateum (Bruxelles), l’exposition accueille également plusieurs œuvres des plasticiens contemporains qui prolongent par leur travail le propos de l’exposition.

Les artistes invités sont :
Bilal Bahir est né à Bagdad en 1988. Après ses études de sculpture dans sa ville natale, il s’installe à Namur où il vit et travaille désormais. Pour ses oeuvres, Bilal Bahir utilise une variété de médias et de techniques : installations, vidéos, sculptures, collages, dessins... Ses réalisations puisent leur force et leur inspiration dans la culture de son pays natal déchiré par la guerre. Elles font référence à son enfance, aux contes traditionnels, aux récits religieux mais aussi à l’exil et au déracinement.

Aurel Quiros Miramontes est né à Luxembourg en 1992. Il effectue ses études à Bruxelles. Il devient professeur et continue parrallèlement son oeuvre empreinte d’une grande maturité et d’un rapport étroit à la chair. Son travail se caractérise par l’emploi de matériaux organiques et divers. Son but n’est pas de provoquer la révulsion mais de sonder les profondeurs de l’âme.

Infos pratiques