Growing the Third Ear

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10/09/2021 - 16/10/2021

Growing the Third Ear :: © the Artist

A la croisée entre les arts et les sciences, l’artiste n’a de cesse d'étudier les possibilités de langage encore insoupçonnées entre les êtres humains et les plantes. Sa fascination pour la représentation du visible et de l'invisible, alliée à une formation en musique électroacoustique et des recherches en chimie écologique, ont placé très tôt le son au centre de sa pratique. Des études scientifiques ont en effet démontré que les plantes réagissent à certaines fréquences sonores et qu’elles sont capables de communiquer au moyen de signaux chimiques, incitant l’artiste à allier le son et la communication des intelligences non humaines dans sa démarche picturale. Réalisées pendant la préparation de sa monographie à venir, les créations présentées ont été pensées comme un ensemble cohérent où chaque œuvre dialogue avec la suivante. Les questionnements de l’artiste sur les phénomènes complexes de notre planète se font dorénavant en parallèle d’un intérêt prononcé pour le cosmos.

Le titre de l’exposition trouve une première origine dans le concept de Deep Listening (l’écoute profonde), développé par la compositrice américaine Pauline Oliveros, visant à différencier ce que l’on entend de ce que l’on écoute, soit deux modes distincts de traiter une même information sonore. Accordant une attention toute particulière à la manière adéquate d’échanger avec les multiples formes d’intelligence qui nous entourent, Ödlund trouve une intarissable source d’inspiration dans cette théorie où l'écoute implique de prendre conscience de soi en tant que partie d’un ensemble universel. L’artiste est également influencée par l’essai The Third Table, dans lequel Graham Harman analyse l’éternelle opposition entre les visions cartésiennes et mystiques de notre monde. L’auteur propose une alternative contrebalançant ces deux points de vue, abolissant les frontières entre science, philosophie et art afin de permettre de mieux appréhender et de représenter l’invisible. Ainsi, le titre nous offre déjà les principales clés de compréhension de l’univers si singulier d'Ödlund : une conscience accrue des sons pour communiquer et l’utilisation de l’art comme outil de développement de nos perceptions abstraites.

Pour cette exposition, Ödlund s'inspire également d'enregistrements audio réalisés sur la planète Mars en 2020, partagés plus tôt cette année par la NASA. L’artiste perçoit un enjeu majeur du futur de notre espèce dans cette planète, laquelle pourrait un jour se voir colonisée. Dès lors, l’iconographie à laquelle Ödlund nous avait jusqu'ici habitués s’enrichit, entre autres, de constellations et de corps extraterrestres. Ses œuvres, souvent inspirées de lieux existants lui permettant de mettre en scène l’infiniment grand et l’infiniment petit sur un même piédestal, inspirent à présent un sentiment de l’ordre du science-fictionnel. Le processus créatif d’Ödlund peut être interprété comme le produit inversé d'une synesthésie. Les personnes sujettes à ce phénomène neurologique peuvent par exemple percevoir les sons accompagnés de formes ou encore de couleurs. Les œuvres exposées sont au contraire le résultat de l’interprétation de sons par l’artiste, notamment grâce à l’utilisation de pigments végétaux. La contemplation des motifs botaniques et des douces couleurs de ces œuvres sur papiers pourrait potentiellement permettre d'aborder le règne végétal avec un regard neuf, mais peut-être aussi avec une ouïe nouvelle.

Le nouveau territoire d’investigation de l’artiste, inspiré par l’espace, n’est pas étranger aux mathématiques, à l’instar des écrits de Pythagore qui offrent des cheminements de pensée où sciences et mythes se côtoient en harmonie. Celui-ci considérait en effet que les mystères de notre monde pouvaient être révélés par une approche mathématique de la musique et de l’astronomie. Ainsi, lorsque Ödlund représente la constellation Lyre, elle est avant tout attirée par l’instrument de musique auquel son nom fait référence, considérant les planètes et les étoiles qu’elle dessine comme les notes d’une partition car génératrices de sons. Les subtils schémas et lignes ondulatoires repérables sur ses œuvres sont autant d’indices de ses explorations de différents domaines d’étude, cherchant inlassablement à comprendre notre univers. Loin de tout militantisme, l’analyse passionnée de notre environnement témoigne plutôt d’une conscience humaniste qui traverse toute l’œuvre de Christine Ödlund, suscitant plus d’interrogations que de réponses, sans doute pour s’assurer de ne jamais figer notre pensée.

Christine Ödlund (1963, Suède) vit et travaille à Stockholm. Ses expositions personnelles incluent: Systema Naturae, CFHILL, Stockholm, Suède (2020); Music for Resurrected Atoms, MLF | Marie-Laure Fleisch, Bruxelles, Belgique (2019); The Psychic Riddles of Unknown Life, duo show avec Fredrik Söderberg, Kristianstads Konsthall, Kristianstad, Suède (2019); Aether & Einstein, Magasin III Museum & Foundation for Contemporary Art, Stockholm, Suède (2016); Musikk for Eukaryoter, Trondheim Museum of Art, Trondheim, Norvège (2014). Ses expositions de groupe incluent: Signature Women – 100 Years on the Swedish Art Scene, Artipelag, Stockholm, Suède (2020); Modern Nature, Drawing Room, Londres, UK (2019); Pangea United, Pangea Muzeum Sztuki w Łodzi, Łódź, Pologne (2019); Sensing Nature From Within, commissariat Joa Ljungberg, Moderna Museet, Malmö, Suède (2019); With The Future Behind Us, Moderna Museet, Stockholm, Suède (2018); Tunnel Vision, The 8th Momentum Nordic Biennial, Moss, Norvège (2015).

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