Risjaar Drei

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27/11/2018 - 28/11/2018

Risjaar Drei

Risjaar (Richard) est répugnant. Il est né prématurément, il n’est pas fini. Il est malformé, il boite et il est laid comme la nuit. Pendant la Guerre des Roses qui s’est déclarée à la mort de Henry V, Risjaar s’est battu comme un lion pour sa famille aux côtés de son frère Edwaar (Edward). Et maintenant Edwaar est roi, grâce à une série d’assassinats politiques, concoctés par son estropié de petit frère. Mais la fin de la guerre ne procure pas à Risjaar le repos escompté.  

C’est maintenant que l’hiver de notre déplaisir
a viré à 360 degrés  
à l’été suant et suffocant
à cause de ce soleil de York
mon frangin Edwaar
le roi
mais moi j’l’appelle Eddy
Et tous les nuages qui faisaient trembler notre toit
se sont noyés dans la mer noire et amère
Nous nous couvrons aujourd’hui de crachats de fer-blanc
et nos pétards reposent dans notre table de nuit
les cris de guerre se sont changés en gangnam style
et nos GI Joe dansent nom de dieu travolta
autour d’une pole  de disco
la guerre c’est passé de mode
Nos boots de combat sont au crochet
décapées de leur boue
patinées de noir
Et les big bad boys
se dandinant sur des semelles en laqué noir
putassent et éructent comme des fous
courant derrière leur queue

Risjaar ne trouve pas la paix. Son aversion pour l’espèce humaine, dont il ne fera jamais partie, est trop ancrée en lui. En revanche, quelque chose est né, quelque chose s’est ravivé. Une notion. Une fureur, une faim dévorante et sans scrupules d’ambition. Une possibilité de se dépasser : “Si tu te cherches un salopard, je te le joue vite fait.”

 

Plus sur Richard III 

Richard III est l’une des pièces les plus anciennes de Shakespeare, elle a été portée pour la première fois à la scène vers 1593. Shakespeare est encore jeune  – dans les 28 ans – mais il crée d’emblée l’un des monstres les plus mémorables de la littérature. Depuis, Richard III n’a rien perdu de son éclat et de sa force d’attraction. Ce qui le rend tellement attirant est l’amoralité sans complexes qu’il étale joyeusement au grand jour. Les opinions humaines éhontées n’ont jamais aussi bien sonné.

Mais la pièce dépasse le portrait moral d’un psychopathe en devenir. C’est avant tout le portrait d’une élite, d’un petit groupe de détenteurs du pouvoir qui a réduit la politique à un jeu d’échecs dans les couloirs et les antichambres. Infuse comme il est de luttes intestines et d’ambition, c’est le terreau idéal pour nourrir le plus roué, le plus habile, le plus éloquent, le plus impitoyable d’entre eux et en faire un dictateur pervers. Le pouvoir en tant que finalité. Mais que faire de ce pouvoir, une fois qu’il est acquis ?

 

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