Roger Raveel - Le bras gauche

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Roger Raveel - Le bras gauche

En 2018, la vitrine de Hopstreet Gallery arbore pendant quelque temps un dessin d’aspect charmant qui représente un ours d’enfant. Il s’agit d’un dessin que Roger Raveel a réalisé en 1952, un an après le petit tableau qui traite du même sujet. Comme d’autres œuvres du début des années 1950, le dessin montre l’audace exceptionnelle du jeune artiste qui, issu de la campagne, a décidé de rompre radicalement avec l’héritage suffocant du post-expressionnisme flamand. Dans l’hebdomadaire De Groene Amsterdammer, Rudi Fuchs attire l’attention sur la façon dont Raveel a rendu le bras gauche de l’animal, qui s’est légèrement détaché du tronc : au lieu d’utiliser une grosse tache noire, il a eu recours à de fines hachures. Le dessin est d’une pureté cristalline et dépouillé de toute fioriture inutile. Selon Fuchs, c’est là l’héritage artistique de l’art abstrait tel qu’il a été inauguré par Cézanne et conduit à son plein épanouissement par Mondriaan et Malevitch. L’art de Raveel n’a jamais eu d’autre base que l’analyse aiguë de la réalité. En même temps, pourtant, l’artiste réussit à intégrer dans la peinture figurative de l’après-guerre les nouveaux acquis de ses illustres prédécesseurs dans l’art abstrait.

Daté de 1952, « Beertje » (« Nounours ») est une œuvre de jeunesse de Raveel, mais c’est en même temps une œuvre d’art contemporain digne du 21ième siècle.

Roger Raveel est considéré comme l’un des artistes belges les plus importants de la période d’après-guerre. Son œuvre reste rebelle aux catégorisations classiques de l’histoire de l’art. Elle est contemporaine et en même temps intemporelle. Elle refuse de se soumettre à une approche unilatérale. Si elle est profondément enracinée dans l’entourage direct du peintre, elle ne relève pas pour autant d’un art local. Tableaux, dessins, objets et installations confèrent aux choses de la vie quotidienne du peintre une valeur universelle : l’homme, la femme, les plantes vertes, la charrette, la publicité, la technologie sont saisis dans le temps et dans l’espace.
Raveel captive par son langage plastique très varié. A travers des modes d’écriture et de peinture souvent contradictoires, il réalise dans son œuvre une tension qui permet au spectateur de redécouvrir la réalité.

Roger Raveel est né le 15 juillet 1921 à Machelen-aan-de-Leie, un village près de Gand où il a vécu et travaillé jusqu’à sa mort en 30 janvier 2013. Pendant ses études à la Stedelijke Academie (académie municipale) de Deinze et à la Koninklijke Academie voor Schone Kunsten (académie royale des beaux-arts) de Gand, il a notamment pour professeurs Hubert Malfait et Jos Verdeghem. Au début des années 50, son ami Hugo Claus le met en contact avec les peintres du groupe Cobra, dont Karel Appel et Corneille. Mais il veut s’engager dans d’autres voies. En 1962, il passe trois mois à Albisola Mare (Italie), où il travaille et expose avec Lucio Fontana et Asger Jorn.
Dans la deuxième moitié des années 50 il évolue vers une sorte d’art abstrait qui plonge ses racines dans le règne organique, végétal ou animal. Mais vers 1962, il peint un triptyque intitulé « Neerhof » (« Basse-cour ») au milieu duquel il intègre une cage avec un pigeon vivant. Son but est de créer un dialogue direct entre l’art et la réalité.
En 1966-67 il transforme, en collaboration avec Etienne Elias, Raoul De Keyser et Reinier Lucassen, les souterrains du château de Beervelde (près de Gand) en un environnement pictural. Les peintures de Beervelde seront suivies d’une série d’objets peints tels que « Illusiegroep » (« Groupe d’illusion ») et « Tuintje met karretje om de hemel te vervoeren » (« Petit jardin avec charrette pour transporter le ciel »). Son engagement écologique s’exprime dans des manifestations comme « De Zwanen van Brugge » (« Les Cygnes de Bruges ») et « Raveel op de Leie » (« Raveel sur la Lys ») (1971). Quelque 20 ans plus tard, en 1990, Roger Raveel commémore le début de la Deuxième Guerre mondiale en promenant une armoire peinte et montée sur des roues à travers le centre de Bruxelles.
L’artiste a été distingué à plusieurs reprises pour son activité artistique et son apport à l’histoire des arts plastiques : il a reçu le Prix de la Jeune Peinture belge (1958 et 1960), une distinction dans le Europaprijs voor Schilderkunst (1962), le prix international Joost van den Vondel (1983), le « Gouden Erepenning van de Vlaamse Raad » (médaille d’or du Conseil flamand) (1992), le titre de Chevalier (1995) et le prix Van Acker (1996).

Piet Coessens est le conservateur du musée Roger Raveel à Machelen-aan-de-Leie. De 1992 à 2002, il a été directeur de la Société des Expositions et a organisé entre autres des rétrospectives d’Andy Warhol, de Marcel Broodthaers, de Robert Smithson, de William Kentridge ou de Lygia Clark. Entre 2004 et 2007, il a également travaillé comme conseiller artistique du Maître Bâtisseur flamand, et a accompagné un grand nombre de projets artistiques dans l’espace public.

L’art de Roger Raveel, qui a été son maître lorsqu’il avait dix ans, a toujours été pour lui une importante source d’inspiration.

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