MIXITY Walk : Flagey

Le trajet qui conduit des étangs d’Ixelles à la rue Malibran en passant par la place Flagey fait parcourir au promeneur des univers fort différents. La distance à couvrir n’est pas énorme et pourtant les différences entre les quartiers sont notables.

D’UN UNIVERS À D’AUTRES

Le trajet qui conduit des étangs d’Ixelles à la rue Malibran en passant par la place Flagey fait parcourir au promeneur des univers fort différents. La distance à couvrir n’est pas énorme et pourtant les différences entre les quartiers sont notables. Tandis que les environs des étangs d’Ixelles sont verdoyants et résidentiels, les abords de la rue Malibran sont fortement urbanisés et très populaires. Des gens de toutes origines s’y pressent ; les boutiques bon marché y fleurissent. Le quartier de la place Eugène Flagey est le carrefour où ces univers se rencontrent. Avec subtilité : à Flagey, des familles viennent chercher l’espace qui leur fait défaut au quotidien. Sur la place Sainte Croix toute proche, les terrasses sont occupées par les bobos, les étudiants et les expats européens. Une caricature ? Allons donc ! Le quartier européen des alentours de la place Jourdan commence à empiéter sur celui de Malibran, la place Flagey et son cocktail d’habitants et de fêtards se pare de sa toute nouvelle réputation et les rives des étangs accueillent, par les chaudes journées d’été, les familles immigrées venues se trouver une place au soleil.

PORTUGAIS ET FRANÇAIS

La finale de la coupe d’Europe de football de l’été 2016 qui voit s’affronter le Portugal et la France est suivie, du côté de Flagey, avec d’autant plus d’attention que les ressortissants de ces deux pays constituent les principales communautés étrangères locales. L’immigration portugaise a commencé au milieu du siècle dernier, à l’époque où la misère conduisait les Portugais les plus pauvres à quitter leur pays pour la Belgique alors industrieuse et pourvoyeuse d’emplois. Leur présence ne passe pas inaperçue : les alentours de la rue de la Brasserie regorgent de restaurants et de cafés portugais qui ne font rien pour cacher la présence de supporters enthousiastes de l’équipe nationale. Ici, pourtant, pas de drapeaux tricolores. Le Français aisé des bords de l’eau cultive l’anonymat et la discrétion et se rend à Paris d’un coup de TGV. Toujours dans la caricature ? Les Portugais du coin aussi ont leurs quotas de fonctionnaires européens et de jeunots surdiplômés ayant fui le récent marasme économique lusitanien. Tous les Français ne sont pas millionnaires et c’est sans parler de toutes les autres nationalités domiciliées dans les parages.

LES POISSONS DES QUATRE ÉTANGS

Jadis, ces parages sont constitués de marécages que traverse le ruisseau du Maelbeek. Dans la foulée de la fondation de l’abbaye de la Cambre, quatre étangs à poissons sont creusés, dont un sur l’emplacement de l’actuelle place Flagey. Le petit village d’Ixelles dont le nom flamand, Elsene, fait écho aux aulnaies – « elzen » en flamand – si nombreuses alors dans la région, commence à se développer. Les villageois sont employés au moulin de l’abbaye, au ramassage des fagots dans la Forêt de Soignes et à leur transport vers la ville, par la chaussée d’Ixelles bien entendu, laquelle suit alors le trajet de la rue de Vergnies. Des quatre étangs, il n’en reste plus que deux. Le Maelbeek est aujourd’hui canalisé et recouvert. Cependant, la vallée peut être encore parfois humide : ce n’est donc pas un hasard si un bassin d’orage se situe sous le parc de stationnement souterrain Flagey. En cas de fortes pluies, tous les véhicules sont remorqués par précaution hors du parking. Le caractère villageois n’a pas, pour autant, disparu. Pour s’en rendre compte, il su t de se promener dans l’étroite et sinueuse petite rue Malibran.

BIÈRE ET LOISIRS

La présence de l’eau allait faire de ce quartier un véritable havre pour les brasseurs. Leur nombreuse présence est attestée par les noms d’artères telles que les rues de la Brasserie, de la Cuve, du Germoir ou encore, de la Levure. Près des étangs, à l’emplacement de l’actuel square de Biarritz, se situent à l’époque les Grandes Brasseries d’Ixelles connues sous le nom de Lannoy. L’industrie bra nombreux débits de boissons qui profitent du fait que les taxes municipales sur la bière ne sont en vigueur que sur la rive gauche du Maelbeek. Depuis, les brasseries ont disparu mais les cafés proposant un large choix de bières, comme partout en Belgique, sont toujours légion. Chez Malting Pot, situé à l’angle des rues Scarron et Malibran, commercialise entre 150 et 200 sortes de bières belges et étrangères.

FLAGEY, BOURGMESTRE ET TEMPLE DE LA CULTURE

Le nom de Flagey renvoie au bourgmestre d’Ixelles qui est à l’origine de la modernisation de la place dans les années 1930. Peu de gens s’en souviennent. Aujourd’hui, la notoriété est surtout accaparée par le Flagey, le bâtiment phare du quartier, oeuvre art déco de l’architecte Joseph Diongre. Appelé aussi le Paquebot, il semble ancré sur les étangs. Les autres bâtiments qui bordent la place, même s’ils sont d’un style plus banal, s’intègrent harmonieusement aux côtés de l’oeuvre de Diongre. Hormis pour sa valeur architectonique, le Flagey est aussi connu pour son histoire comme Maison de la Radio (Institut National de Radiodi usion) et pour sa fonction actuelle de maison de la culture. Ceci dit, Flagey attire aussi d’autres acteurs culturels. Cafés et restaurants s’installent, eux aussi, volontiers aux abords de cette perle architecturale.
POINT DE DÉPART : TRAMS 93 OU 94, ARRÊTS VLEURGAT OU ABBAYE