L'affaire de la rue de Lourcine

29/11/2017 - 16/12/2017

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Lenglumé, bourgeois noceur qui, un matin de gueule de bois, trouve dans son lit un homme dans le même état, Mistingue ; il bascule, lui et sa raison, dans une « lacune » de sa nuit et par un faisceau d’indices abracadabrants en vient à imaginer qu’ils sont les assassins d’une charbonnière, rue de Lourcine, dans les dédales d’un vieux Paris interlope. Pour faire disparaître les preuves de leur culpabilité, ils se révèleront capables du pire : l’assassinat de tous les témoins de leur forfait jusqu’à leur élimination réciproque. Un retournement improbable de dernière minute viendra stopper l’escalade meurtrière : le journal à la base du délire datait de l’an dernier – et tout termine en happy end chanté, avec pour seule victime la chatte Moumoutte.
Comme souvent chez Labiche, la poésie nous attrape par surprise, entre méchanceté et tendresse, dans un monde archaïque en déroute qui frise assez vite avec l’absurde. C’est une poésie de la médiocrité, du dérisoire, de l’insondable bêtise de la petite bourgeoisie française, qu’on sait encore disposée au pire dans ses convulsions contemporaines, et dont Labiche a fait son monde.
Pourtant, selon moi, ce théâtre ne relève pas de la « critique sociale », même si certaines répliques font preuve d’une cruauté et d’un cynisme sournois – je pense par exemple à « Ah pour cela point d’embarras, la conscience, ami, ça n’se voit pas ! ». Il se joue ailleurs, peut-être dans une poétique du dérèglement.
Dans l’entre deux du matin, dans les brumes du madère et bientôt du curaçao, un trou s’ouvre dans le soi, et dans l’angoisse de la « lacune », le sens, et peut- être même l’identité vacillent. Et quand le personnage ne peut plus parler, que la crise le pétrifie, il se met, délire surréaliste, à improviser de monstrueuses chansons pour noyer la béance de son vide – sur des airs piqués aux théâtres voisins, pour la plupart complètement oubliés, entre cabaret et parodie du grand opéra.
Thibaut WENGER

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